Numéro 1 - Printemps 2017

***

Dans le ventre d’un poisson


Dans le ventre d’un poisson

Image
Crédit : Jean-Marie Michaud
J’adore Anna. À douze ans, ma petite voisine me surprend toujours.

Aujourd’hui, ses grands yeux bleus me regardent de travers par-dessus la clôture.

— « Pourquoi tu jettes ton mégot par terre?

— « Mon mégot? Qu’est-ce qu’il a mon mégot? »

— « Il va partir au vent, et ce soir il va pleuvoir…Il va où, tu penses quand il pleut ? »

— « Ben…, là, là, sur le bord du trottoir.

— « Non. Il va aller dans le ventre d’un poisson!

— « Dans le ventre d’un poisson?! Comment ça?

— « T’as vu la grille des égouts là-bas ? »

Anna indique le bout de la rue, deux maisons plus loin.

« Viens voir avec moi ! »

Comme ça semble plutôt important pour elle, je me laisse entraîner de bon gré. Je la vois sautiller devant moi, les cheveux au vent, et je goûte au bonheur de partager la fraicheur de notre amitié.

Aussitôt arrivée, Anna s’accroupit sur la grille.

— « Regarde ! C’est là qu’il va ton mégot. Il vient rejoindre les autres…

Pis après, il va où tu penses? »

— « Ben… À l’usine de filtration de la ville… Non? »

— « Non,  justement. La ville traite juste les eaux usées des maisons. Monsieur Boisvert nous l’a dit à l’école aujourd’hui.

— « Ah bon…»

— « L’eau des rues va dans la rivière, directement, avec tous les mégots! Pis, comme les poissons savent pas c’est quoi « un » mégot, ils pensent que c’est une mouche.»

— « Une mouche ?! »

— « Oui. Ou une petite bouchée… Mais comme ils ne peuvent pas manger tous les mégots du monde, c’est les baleines, les tortues, pis les dauphins qui finissent par les manger. »

— « Monsieur Boisvert vous a dit ça? »

— « Hmm…, pas exactement. Mais la rivière va dans l’océan, avec tout ce qui flotte dedans. Quand les baleines, les tortues, les dauphins pis les poissons mangent des mégots, y viennent malades. C’est du poison pour eux autres. C’est ça le plus important. »

Elle me laisse un moment pour encaisser avant de revenir à la charge.

« Aimerais-tu ça manger des poissons qui mangent des mégots pour déjeuner, pour dîner, pis pour souper ? »

— « Non, pas vraiment. »

— « Ben, ramasse tes mégots! Un poisson dans l’eau sans mégot, c’est bien meilleur. »

Jean-Marie Michaud

Article précédent Face de chameau
Imprimer
12

Printemps 2017

Un jour de grand vent

Mardi le 10 mai ’66. De bonne heure le matin, au Restaurant Lafontaine à Métabetchouan au Lac-Saint-Jean. L’accent du Lac est présent à différents degrés chez les personnages. Il affecte en particulier Monsieur Pit, un sympathique septuagénaire à la retraite. Jeannot Lafontaine, douze ans, est debout derrière le comptoir. Il porte son uniforme...

La Voie lactée

Il était une fois,
au fin fond du Far West canadien,
dans une province au nom imprononçable,
une cavalière redoutable.

Le grand barrage

À défaut d'être aimé, Henri était respecté de tous les castors. Sa supériorité ne laissait aucun doute. On n'avait qu'à regarder son barrage pour comprendre qu'il était plus doué que les autres.

Knockout

L’aiguille de glace qui arracha Victor Florkowski à la vie ressemblait à un ivoire de mammouth. Elle était aussi large qu’un pneu, aussi longue que la victime, et se rétrécissait en une pointe cristalline —  à double tranchant — dont la beauté fatale resplendissait sous clair de lune.

Cantate pour légumes

Au cœur de ce texte sont quatre êtres qui ont perdu leur voix, la capacité d’exprimer leur volonté et leur angoisse. Ancrés dans leurs fauteuils roulants, Asperge, Gourde, Navet et Asperge rêvent d’évasion. Dans les solos de la cantate, les légumes expriment leurs désires les plus profonds.

Triptyque - Micro nouvelles

Au coin de l’avenue Idylwyld et la 23e un bip discontinu se fait entendre à ma gauche. Un clignotement sonore: on peut traverser.  Entre les deux lignes on peut traverser. “Passez, monsieur. Priorité aux piétons.” Oui, on peut traverser. On peut traverser si les autos s’arrêtent.

Entreciel

Sorties de l’entretoit des corniches des greniers de mille espaces connus d’elles seules oubliés par concierges et architectes, les hirondelles occupent dès le matin l’entreciel, la part élevée de Madrid, en rase-tête des habitants des terrasses jusqu’à la proximité des saints perchoirs, des croix des antennes, faisant fi de nos communications avec l’au-delà.

La mousse

Maman, pourquoi c’est mouillé ici? 

C’est la mousse, mon chéri. Fais attention à ne pas glisser.

De la supercherie De la supercherie

Cette réflexion est née d’un constat. La vie ne nous appartient pas. Elle nous a été léguée et nous la rendrons en même temps que notre dernier souffle.

No content

A problem occurred while loading content.

Previous Next

Merci à nos partenaires et commanditaires:

Coopérative des publications fransaskoises    Conseil culturel fransaskois   Saskculture Fondation fransaskoise