Numéro 1 - Printemps 2017

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Manifeste: J'parle mal pis j'aime ça

Manifeste: J'parle mal pis j'aime ça

Manifeste: J'parle mal pis j'aime ça

Dearest oblivious and/or condescending Canadians,
Cher peuple canadien inconscient et/ou condescendant,
It is with utmost importance,
C’est avec grande importance,
That I explain to you,
Que je vous explique,
That my efforts to “properly” communicate are completely exhausted.
Que mes efforts de communiquer « correctement » sont complètement épuisés.
Therefore I bring forth the news,
Et donc je vous apporte ces nouvelles,
That this manifesto truly represents my thoughts and frustrations.
Que ce manifeste représente la vérité de mes pensées et mes frustrations.
From this point forth,
D’ici à l’avance,
I seek to please those disenchanted by negative linguistic experiences,
Je cherche à plaire à ceux désabusés par des expériences linguistiques négatives,
And to please twisted tongues,
Et à plaire aux langues tordues,
Fatigued from years of conforming to the constraints of ‘pure’ form communication.
Fatiguée après de nombreuses années de conformités et contraintes de communication en forme ‘pure’.

It is with great pleasure,
C’est avec grand plaisir,
That I will speak to you in my first language,
Que je vais vous parler maintenant dans ma première langue,
What I call the  “Farmer French” of Alberta.
Ce que j’appelle le « Farmer French » de l’Alberta.
I seek not to offend,
Je ne cherche pas à offenser,
Rather, only to let my heart speak.
Plutôt, laisser parler mon cœur.

J’parle mal, pis j’aime ça.

Pure langue, pure laine, 
Pure shit
Va donc sacrer ton camp
J’en ai eu assez de c’bullshit sur les langues.
Identités limitées,
Pas eu de révolution icitte.
Y’t’ont pas même enseigné qu’on existe.
Le français dans l’Ouest c’pas perfect,
On connait pas tout’ les bons words,
Pis on switch when we want.
C’est comme ça qu’ça s’passe
Ma vérité comme francophone dans l’Ouest.

J’parle mal, pis j’aime ça.

Y’en a du monde qui viennent en Alberta,
Pis y’ont pas d’problème à faire leurs argents,
But they don’t give a shit about the province or the people.
Moi, j’ai grandi icitte.
C’est où ma famille fait leurs vies.
Pour cent-dix-sept ans.
D’un soddy dans ‘terre,
To livin’ in comfort.
 J’suis rien qu’une ‘tite fille des prairies
Qui profite du travail dur de mes ancêtres.
Pis, j’ai pas même leurs accents
C’t’un hybrid.
Mais pas comme un char où ça run real quiet,
On the contraire,
Ça run real LOUD,
Pis j’va’s pas m’chercher un muffler
Anytime soon
.

J’parle mal, pis j’aime ça.

Une révolution!
Un appel
Nation wide,
Qu’on s’débarrasse du
Stick up our ass,
Pis qu’on réalise qu’on pourrait apprendre à se connaître.
Qu’on pourrait apprendre à travailler ensemble,
Pour se féliciter qu’y’a encore certaines traditions qui existent
Malgré les efforts de nos oppresseurs,
Pis que des fois,
C’est nous, nos
Own worst enemies.

Tout l’monde qui veulent parler français,
Whether c’est rough ou slick,
Un accent propre,
Ou un accent appris,
C’est l’temps de se rassembler,
Et d’accepter
Qu’on pense tou‘es deux
Qu’on parle tout’ croche,
Qu’on pense tou‘es deux
Qu’on parle tout’ mélangé,
Pis à l’envers.
But that somewhere in our hearts,
Le français c’est une des langues qu’on trouve,
Pis qu’on la parle,
Comme on la parle.

Moi, j’parle mal, pis j’aime ça.


Texte : Joëlle Préfontaine
Illustration : David Champagne

Joëlle Préfontaine

Joëlle Préfontaine

Originaire de Legal en Alberta, Joëlle est comédienne, metteure en scène, écrivaine, chanteuse, danseuse et formatrice qui a joué sur des scènes à travers le pays en français et en anglais. Elle a vécu de nombreux moments d'épanouissement artistique, surtout dans le milieu théâtral. Elle est diplômée de Red Deer College en performance théâtrale et détient aussi un baccalauréat en beaux-arts en jeu et une maîtrise en beaux-arts en pratique théâtrale de l'Université de l'Alberta. En juin 2014, sa pièce Récolte, produite par L'UniThéâtre, a été nominée pour un Elizabeth Sterling Haynes Award dans la catégorie Outstanding New Play. Il s'agit d'une première dans l'histoire des Sterlings : une pièce bilingue à base de français est nominée pour l'écriture. De 2018-2020, elle était la Directrice artistique et codirectrice générale de L'UniThéâtre à Edmonton. Lors de sa fonction, Joëlle a signé la mise en scène pour Les Belles-sœurs de Michel Tremblay, La fille du facteur de Josée Thibeault (qui a tourné en Alberta et jouer aux Zones théâtrales à Ottawa) et d'Élise contre l'extinction totale de Paula Humby (tournée tri-provinciale). Dans son temps libre, elle s'amuse à jardiner, à faire de la musique vocale improvisée sur sa pédale loop et de passer du temps avec sa famille.

Crédit photo : La Girandole.

We Speak

We Speak

David Champagne
Photomontage numérique - 2014.

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Printemps 2017

Un jour de grand vent

Mardi le 10 mai ’66. De bonne heure le matin, au Restaurant Lafontaine à Métabetchouan au Lac-Saint-Jean. L’accent du Lac est présent à différents degrés chez les personnages. Il affecte en particulier Monsieur Pit, un sympathique septuagénaire à la retraite. Jeannot Lafontaine, douze ans, est debout derrière le comptoir. Il porte son uniforme...

La Voie lactée

Il était une fois,
au fin fond du Far West canadien,
dans une province au nom imprononçable,
une cavalière redoutable.

Le grand barrage

À défaut d'être aimé, Henri était respecté de tous les castors. Sa supériorité ne laissait aucun doute. On n'avait qu'à regarder son barrage pour comprendre qu'il était plus doué que les autres.

Knockout

L’aiguille de glace qui arracha Victor Florkowski à la vie ressemblait à un ivoire de mammouth. Elle était aussi large qu’un pneu, aussi longue que la victime, et se rétrécissait en une pointe cristalline —  à double tranchant — dont la beauté fatale resplendissait sous clair de lune.

Cantate pour légumes

Au cœur de ce texte sont quatre êtres qui ont perdu leur voix, la capacité d’exprimer leur volonté et leur angoisse. Ancrés dans leurs fauteuils roulants, Asperge, Gourde, Navet et Asperge rêvent d’évasion. Dans les solos de la cantate, les légumes expriment leurs désires les plus profonds.

Triptyque - Micro nouvelles

Au coin de l’avenue Idylwyld et la 23e un bip discontinu se fait entendre à ma gauche. Un clignotement sonore: on peut traverser.  Entre les deux lignes on peut traverser. “Passez, monsieur. Priorité aux piétons.” Oui, on peut traverser. On peut traverser si les autos s’arrêtent.

Entreciel

Sorties de l’entretoit des corniches des greniers de mille espaces connus d’elles seules oubliés par concierges et architectes, les hirondelles occupent dès le matin l’entreciel, la part élevée de Madrid, en rase-tête des habitants des terrasses jusqu’à la proximité des saints perchoirs, des croix des antennes, faisant fi de nos communications avec l’au-delà.

La mousse

Maman, pourquoi c’est mouillé ici? 

C’est la mousse, mon chéri. Fais attention à ne pas glisser.

De la supercherie De la supercherie

Cette réflexion est née d’un constat. La vie ne nous appartient pas. Elle nous a été léguée et nous la rendrons en même temps que notre dernier souffle.

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