Numéro 1 - Printemps 2017

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Mon arbre (La fille du facteur)

Mon arbre (La fille du facteur)

Mon arbre (La fille du facteur)

mon arbre généalogique est une épinette boréale
une épinette boréale
arrachée comme une mauvaise dent à sa forêt coupée à blanc

mon arbre généalogique est un conifère à pulpe
un conifère à pulpe
empilé en rondins sur le bouclier canadien

mon arbre généalogique est une pitoune dravée
une pitoune dravée
sur les flots de la Mékinac jusqu’à la Wayagamak

mon arbre généalogique est une pâte et du papier
une pâte et du papier
usinés, carton pressé, papier journal de la Canadien International

mon arbre
abattu par le bûcheron
surfé par le draveur
broyé par le machine-operator de la Kruger
mon arbre
devenu papier
puis message codé
propagé par le facteur

mon arbre
mes racines
ma souche
mon histoire
mon identité
en marche
vers l’ailleurs

je suis la fille du facteur
une page blanche un peu bâtarde
une enveloppe de papier kraft
mal léchée, un peu timbrée
une lettre à la poste trop affranchie
qui a toujours voulu quitter sa capitale de la poésie

je suis la fille du facteur
une exilée devenue femme de lettres
car semble-t-il que je suis poète
artiste de la parole ou bien auteure
mais bien malgré moi, comme tout le monde
je gratte de moins en moins de papier
je fixe plutôt des mots sur un écran d’ordinateur

les forêts d’épinettes noires ont été décimées
les billots ne flottent plus sur le St-Maurice pollué
les portes des papetières se sont refermées
même le métier de facteur est du passé

mon arbre généalogique est menacé d’extinction
car il n’y aura pas de branche après mon nom
je n’aurai pas produit de fruit, pas même de fleur
il n’y aura pas de pomme pour tomber
aux pieds pleins de fourmis
de la fille du facteur

je ne renie pas pour autant mes origines
au bout de chaque orteil, il me reste quelques racines
comme celles des mangroves
qui me relient aux lieux de mon enfance
berceau de mon imagination féconde
quand je me prends les pattes dans les prairies
quand je plonge tête première en zones profondes

la fille du facteur est une marcheuse
un peu bohémienne, un peu flâneuse
car je n’arrête jamais, comme mon père
de me promener
je fais ma run, je poursuis ma trajectoire

ma fuite vers l’avant
ma quête déambulatoire

je sais d’où je viens
mais je ne sais pas toujours où je m’en vais
et je continue d’avancer
une boussole à la place du coeur
car je suis la fille du facteur


Texte : Josée Thibault
Illustration : Denis Lanteigne


Josée Thibeault

Josée Thibeault

Josée est autrice, metteuse en scène et comédienne. Installée à Edmonton depuis 25 ans, elle écrit pour le théâtre, le cinéma, la télé, la radio et les balados. Depuis quelques années, elle développe de nouvelles voix narratives avec ses nombreux alter ego grâce auxquels elle livre sur scène de la poésie spoken word et des monologues. Josée a présenté son dernier spectacle solo, La fille du facteur, à l’UniThéâtre d’Edmonton, aux Zones théâtrales à Ottawa et en tournée à travers l’Alberta. Son dernier projet, Le bocal, est une exploration hypermédiatique où s’entrelacent un podcast, un feuilleton écrit et du contenu visuel et interactif sur les réseaux sociaux. Dans un univers où l'humour est poétique et la prose polémique, Josée tire la langue aux conventions en faisant exploser sa langue maternelle. Elle a le courage de donner sa langue au chat, mais, jamais, elle n’a la langue dans sa poche.

Monter aux cieux

Monter aux cieux

Denis Lanteigne
Installation : bois et chaux teintée - 2017

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1954

Printemps 2017

Un jour de grand vent

Mardi le 10 mai ’66. De bonne heure le matin, au Restaurant Lafontaine à Métabetchouan au Lac-Saint-Jean. L’accent du Lac est présent à différents degrés chez les personnages. Il affecte en particulier Monsieur Pit, un sympathique septuagénaire à la retraite. Jeannot Lafontaine, douze ans, est debout derrière le comptoir. Il porte son uniforme...

La Voie lactée

Il était une fois,
au fin fond du Far West canadien,
dans une province au nom imprononçable,
une cavalière redoutable.

Le grand barrage

À défaut d'être aimé, Henri était respecté de tous les castors. Sa supériorité ne laissait aucun doute. On n'avait qu'à regarder son barrage pour comprendre qu'il était plus doué que les autres.

Knockout

L’aiguille de glace qui arracha Victor Florkowski à la vie ressemblait à un ivoire de mammouth. Elle était aussi large qu’un pneu, aussi longue que la victime, et se rétrécissait en une pointe cristalline —  à double tranchant — dont la beauté fatale resplendissait sous clair de lune.

Cantate pour légumes

Au cœur de ce texte sont quatre êtres qui ont perdu leur voix, la capacité d’exprimer leur volonté et leur angoisse. Ancrés dans leurs fauteuils roulants, Asperge, Gourde, Navet et Asperge rêvent d’évasion. Dans les solos de la cantate, les légumes expriment leurs désires les plus profonds.

Triptyque - Micro nouvelles

Au coin de l’avenue Idylwyld et la 23e un bip discontinu se fait entendre à ma gauche. Un clignotement sonore: on peut traverser.  Entre les deux lignes on peut traverser. “Passez, monsieur. Priorité aux piétons.” Oui, on peut traverser. On peut traverser si les autos s’arrêtent.

Entreciel

Sorties de l’entretoit des corniches des greniers de mille espaces connus d’elles seules oubliés par concierges et architectes, les hirondelles occupent dès le matin l’entreciel, la part élevée de Madrid, en rase-tête des habitants des terrasses jusqu’à la proximité des saints perchoirs, des croix des antennes, faisant fi de nos communications avec l’au-delà.

La mousse

Maman, pourquoi c’est mouillé ici? 

C’est la mousse, mon chéri. Fais attention à ne pas glisser.

De la supercherie De la supercherie

Cette réflexion est née d’un constat. La vie ne nous appartient pas. Elle nous a été léguée et nous la rendrons en même temps que notre dernier souffle.

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