Numéro 1 - Printemps 2017

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Crucifix

Crucifix

Crucifix

I

le crucifix
te guette
de haut, très haut

tu écris à ta maman
chaque jour
je t’aime
prie pour moi
pour que je sorte
de cet enfer

tu poses un baiser
sur la lettre
avant de l’enfermer
dans l’enveloppe

son long voyage
outre-mer
aller sans retour

II

le crucifix
te guette
de haut, trop haut

les plages en Normandie
jonchées de bras et de jambes
polluées de l’odeur
de chair calcinée
tu reviens brisé

le homestead
légué au petit frère
cette terre fructueuse
qui vous séparera
jusqu’à ta mort

ta propre terre
rocailleuse
à peine cultivable
juste bonne pour les vaches
à traire deux fois par jour

III

un petit crucifix te guette
du tableau de bord
de ton pick-up

sans préambule
tu lui demandes
d’ouvrir la boite à gants
la bague qu’elle-même
se passe au doigt

à 31 ans
faut bien que tu te maries
et elle est là
prête à t’accepter
et tu es là
prêt à la prendre

à côté de ton pick-up
votre première photo
de couple marié
son sourire heureux
le tien avare

IV

le crucifix
sur un mur lézardé
te guette

ton front tendu
tes os meurtris
allongés sur le sofa
décousu
défoncé
le bras sur le visage
tu chasses les rêves
et gardes tes cauchemars
pour toi seul

V

le long de la route de campagne
les poteaux électriques
en forme de crucifix
te guettent

en chemise du dimanche
les manches retroussées
pour te donner un air
décontracté
le sourcil froncé
la bouche cousue
en une ligne plate
la cravate nouée
serrée autour du cou
par où
respires-tu

au pied du gros panneau
STOP
une vieille couverture
jetée là
la chaleur ardente
les herbes
hautes et folles
ton fils ta fille
tout pèse sur toi

elle prend la photo
de ce piquenique improvisé
où personne ne sourit
les yeux plissés

on dira plus tard
que c’est le soleil
qui vous a emmerdés


Texte : Louise Dandeneau
Illustration : Léopold L. Foulem


Louise Dandeneau

Louise Dandeneau

Entre 2008 et 2018, Louise Dandeneau a publié des nouvelles dans Virages (Ontario) et les Cahiers franco-canadiens de l’Ouest (Manitoba), une nouvelle dans le collectif Sillons – hommage à Gabrielle Roy chez les Éditions du Blé en 2009, et trois micronouvelles dans le collectif Bref! chez les Éditions du Blé en 2017. Son premier recueil, Les quatre commères de la rue des Ormes, a paru chez les Éditions du Blé en 2016. Elle est aussi poète de haïkus. Ses haïkus ont paru dans les collectifs Dans la forêt lointaine en 2019 et Secrets de femmes en 2018, les deux chez les Éditions Pippa (Paris), ainsi que dans le collectif Sur une même écorce en 2014 chez les Éditions David (Ottawa).

Louise Dandeneau est également photographe.

I Love my Daddy, 1994-1997

I Love my Daddy, 1994-1997

Léopold L. Foulem

Faïence, décalcomanie et objet trouvé (laiton), 37,5 x 12 x 12 cm. Collection du Musée national des beaux-arts du Québec. Achat pour la collection Prêt d'oeuvres d'art en 1997, transfert à la collection permanente du Musée national des beaux-arts du Québec. (2005.2635)
© Léopold L. Foulem.

Photographe : MNBAQ, Idra Labrie

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Printemps 2017

Un jour de grand vent

Mardi le 10 mai ’66. De bonne heure le matin, au Restaurant Lafontaine à Métabetchouan au Lac-Saint-Jean. L’accent du Lac est présent à différents degrés chez les personnages. Il affecte en particulier Monsieur Pit, un sympathique septuagénaire à la retraite. Jeannot Lafontaine, douze ans, est debout derrière le comptoir. Il porte son uniforme...

La Voie lactée

Il était une fois,
au fin fond du Far West canadien,
dans une province au nom imprononçable,
une cavalière redoutable.

Le grand barrage

À défaut d'être aimé, Henri était respecté de tous les castors. Sa supériorité ne laissait aucun doute. On n'avait qu'à regarder son barrage pour comprendre qu'il était plus doué que les autres.

Knockout

L’aiguille de glace qui arracha Victor Florkowski à la vie ressemblait à un ivoire de mammouth. Elle était aussi large qu’un pneu, aussi longue que la victime, et se rétrécissait en une pointe cristalline —  à double tranchant — dont la beauté fatale resplendissait sous clair de lune.

Cantate pour légumes

Au cœur de ce texte sont quatre êtres qui ont perdu leur voix, la capacité d’exprimer leur volonté et leur angoisse. Ancrés dans leurs fauteuils roulants, Asperge, Gourde, Navet et Asperge rêvent d’évasion. Dans les solos de la cantate, les légumes expriment leurs désires les plus profonds.

Triptyque - Micro nouvelles

Au coin de l’avenue Idylwyld et la 23e un bip discontinu se fait entendre à ma gauche. Un clignotement sonore: on peut traverser.  Entre les deux lignes on peut traverser. “Passez, monsieur. Priorité aux piétons.” Oui, on peut traverser. On peut traverser si les autos s’arrêtent.

Entreciel

Sorties de l’entretoit des corniches des greniers de mille espaces connus d’elles seules oubliés par concierges et architectes, les hirondelles occupent dès le matin l’entreciel, la part élevée de Madrid, en rase-tête des habitants des terrasses jusqu’à la proximité des saints perchoirs, des croix des antennes, faisant fi de nos communications avec l’au-delà.

La mousse

Maman, pourquoi c’est mouillé ici? 

C’est la mousse, mon chéri. Fais attention à ne pas glisser.

De la supercherie De la supercherie

Cette réflexion est née d’un constat. La vie ne nous appartient pas. Elle nous a été léguée et nous la rendrons en même temps que notre dernier souffle.

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