Numéro 1 - Printemps 2017

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Basse-Croisière

Basse-Croisière

Basse-Croisière

On est jeudi. J’ai froid, j’ai mal, je suis sur le bord, je ne sais plus. Je ferme les yeux, je veux dire la bouche. Je ferme et je saute dans le panier qui saute dans les joncs. Qui flottent comme l’autre, juste assez. C’est comme ça, une chanson de nulle part, de la mousse verte, alléluia. Je me désorganise, je cligne comme du monde. Je cale correct. Ou presque. Je trépide, je passe proche, plastique sur plastique. Je me couche, je lève les bras, je prie, j’essaie de prier.

Ô ruisseau, le ruisseau pue, il mène à la rivière.
La rivière pue, elle mène au fleuve, le fleuve mène à la mer.

Oui, vraiment. Ça pue, c’est loin, ça contient tout. Ou presque. On est jeudi, je veux dire mardi. Tout est mouillé. Tout est dedans. Je flétris, je me mets en boule. C’est le centre vif, un hoquet, une confusion d’un bout à l’autre. Je me plie en trois, en cinq. Je veux aider l’amie qui aide l’amie, fleurs, foulard, miettes d’antan. J’ai trop froid, je n’ai plus de doigts, plus de crayon. J’ai les jambes en styromousse, la nuit qui tombe noire. Je n’ai jamais rien écrit, je ne veux pas non plus. Mais je crois en vous. Je prends les papiers, je fais un nid. Je mastique guirlandes, je beurre mince, je m’enroule. J’avale ma face. Je ferme si ferme. Cellophane, apparences. Apparences, cellophane. Je m’enligne, j’espère, je flotte jusqu’à la fin.

Ô ruisseau, ô rivière.
Ô le fleuve, ô la mer.

Mais il n’y a pas de fin. Il faut le dire. J’espère toujours, depuis toujours. Tout est dehors, tout s’emporte d’un plein vouloir. Pétrochimique. Pariétal. Ça tient bon. Ça tient comme ça peut. Les joncs, je veux dire la vitre cassée. Ça tient à l’ensemble. Feux doux, feux sur la batture, fier flottement aux détritus. Douceur à celleux qui pleurent un départ. La branche, les branches, accrochez-nous. Bonne nuit cousines, bonne nuit cousins. Tout est mouillé, tout est parti. Tout est très loin dans le courant.


Texte : Simon Brown
Artiste : Laura St. Pierre


Simon Brown

Simon Brown

Simon Brown (il-iel) est poète, traducteur et artiste interdisciplinaire originaire du sud-ouest du Nouveau-Brunswick (territoire traditionnel peskotomuhkati) vivant dans la région de Québec (territoire traditionnel wendat et abénaquis). Il présente ses textes dans plusieurs contextes : œuvres collaboratives, livres d’artiste, recueils et revues, dont Estuaire, Mœbius, Le Sabord, Watts, Ancrages, Lemon Hound, Vallum et Poetry is Dead. Comme traducteur, il a adapté les textes de Maude Pilon, Alice Burdick, Roxane Desjardins, Angela Carr, et Steve Savage, entre autres. Ses recueils et livres d’artiste ont paru chez des éditeurs au Québec, au Canada et en France, dont Le laps, Moult, Vanloo, squint, Paper Pusher, et Frog Hollow.

Jardin Spectral (St-Laurent 1)

Jardin Spectral (St-Laurent 1)

Laura St. Pierre
Jet d’encre sur hahnemuhle photo rag - 2017

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1988

Printemps 2017

Un jour de grand vent

Mardi le 10 mai ’66. De bonne heure le matin, au Restaurant Lafontaine à Métabetchouan au Lac-Saint-Jean. L’accent du Lac est présent à différents degrés chez les personnages. Il affecte en particulier Monsieur Pit, un sympathique septuagénaire à la retraite. Jeannot Lafontaine, douze ans, est debout derrière le comptoir. Il porte son uniforme...

La Voie lactée

Il était une fois,
au fin fond du Far West canadien,
dans une province au nom imprononçable,
une cavalière redoutable.

Le grand barrage

À défaut d'être aimé, Henri était respecté de tous les castors. Sa supériorité ne laissait aucun doute. On n'avait qu'à regarder son barrage pour comprendre qu'il était plus doué que les autres.

Knockout

L’aiguille de glace qui arracha Victor Florkowski à la vie ressemblait à un ivoire de mammouth. Elle était aussi large qu’un pneu, aussi longue que la victime, et se rétrécissait en une pointe cristalline —  à double tranchant — dont la beauté fatale resplendissait sous clair de lune.

Cantate pour légumes

Au cœur de ce texte sont quatre êtres qui ont perdu leur voix, la capacité d’exprimer leur volonté et leur angoisse. Ancrés dans leurs fauteuils roulants, Asperge, Gourde, Navet et Asperge rêvent d’évasion. Dans les solos de la cantate, les légumes expriment leurs désires les plus profonds.

Triptyque - Micro nouvelles

Au coin de l’avenue Idylwyld et la 23e un bip discontinu se fait entendre à ma gauche. Un clignotement sonore: on peut traverser.  Entre les deux lignes on peut traverser. “Passez, monsieur. Priorité aux piétons.” Oui, on peut traverser. On peut traverser si les autos s’arrêtent.

Entreciel

Sorties de l’entretoit des corniches des greniers de mille espaces connus d’elles seules oubliés par concierges et architectes, les hirondelles occupent dès le matin l’entreciel, la part élevée de Madrid, en rase-tête des habitants des terrasses jusqu’à la proximité des saints perchoirs, des croix des antennes, faisant fi de nos communications avec l’au-delà.

La mousse

Maman, pourquoi c’est mouillé ici? 

C’est la mousse, mon chéri. Fais attention à ne pas glisser.

De la supercherie De la supercherie

Cette réflexion est née d’un constat. La vie ne nous appartient pas. Elle nous a été léguée et nous la rendrons en même temps que notre dernier souffle.

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