Hommage à Mychèle Fortin
Sarah Vennes-Ouellet – IJL-L’Eau vive
L’équipe d’À ciel ouvert et la communauté littéraire littéraire de l’Ouest sont en deuil. Membre du comité d’édition de la revue depuis 2020, Mychèle Fortin est décédée le 10 octobre 2025. Passionée d’écriture, elle siégait également sur les conseils d’administration des Éditions de la nouvelle plume (ÉNP) et de la Coopérative des publications fransaskoises. Elle a édité les manuscrits de plusieurs auteur·e·s de l’Ouest pour les ÉNP dont ceux de Pierrette Requier, Martine Noël-Maw et Ian C. Nelson. Nous reproduisons ici un texte lui rendant hommage, publié dans l’Eau vive du 16 octobre 2025
La Fransaskoise d’adoption Mychèle Fortin est décédée chez elle, à Outlook, le 10 octobre entourée de son fils Max-Alexis Fortin-Landry, de son conjoint Jean-Pierre Picard ainsi que de sa soeur Sylvie et son frère Gérald venus du Québec. Chroniqueuse, auteure, éditrice, chanteuse... Plusieurs personnalités rendent hommage à cette femme talentueuse qui a joué un grand rôle dans la communauté littéraire.
Mychèle Fortin était très impliquée avec la revue À ciel ouvert, le journal l’Eau vive, les Éditions de la nouvelle plume (ÉNP) et le Cercle des écrivains de Saskatoon.
Ses amis et collègues gardent le souvenir d’une femme aventurière qui a vécu avec courage en plus d’avoir une joie de vivre contagieuse.
Une grande voyageuse
Le livre À cœur ouvert : Quatre voix au féminin de l’Ouest canadien, publiée aux ÉNP, comprend les récits Souvenirs des Amériques de Mychèle. Elle y relate des anecdotes et impressions de ses nombreuses années de voyage au Mexique et en Amérique centrale.
David Baudemont, auteur fransaskois, a eu le privilège de découvrir ces récits de voyage dans le contexte du Cercle des écrivains.
« Tout de suite, on a vu le talent de Mychèle à produire des textes limpides et cohérents d’une description à l’autre. Elle avait une perspective unique et un talent fabuleux. »
L’écrivain se souvient en riant : « Mychèle nous disait toujours au cercle ‘Ah, mais c’est vous les écrivains!’, mais en fait c’était la meilleure d’entre nous. »
Roger Gauthier, un ami, admire l’aspect humain de ses récits de voyages : « Mychèle était une excellente conteuse. Ses histoires de voyage en Amérique du Sud sont fascinantes. C’est une femme qui a osé vivre avec courage. »
Martine Noël-Maw, directrice des ÉNP lors de la publication d’À cœur ouvert, se déclare « heureuse que Mychèle ait pu voir ses écrits publiés dans un livre ».
« Pour moi, Mychèle était une artiste bohème, mais très ancrée dans la réalité géopolitique, comme en fait foi sa chronique Coup d’œil sur le monde que les lecteurs de L’Eau vive connaissent. » À travers les retraites d’écriture et leurs collaborations sur l’édition des romans de Martine Noël-Maw Regarde derrière toi ! et Le secret de Luca, les deux femmes de lettres ont développé une grande amitié. « La dernière fois qu’on s’est parlé, en septembre, elle me disait qu’elle venait de réaliser qu’elle ne voyagerait plus jamais. Faire son deuil de découvrir de nouveaux espaces lui a donné un coup, mais elle était sereine. Comme elle me l’a répété à maintes reprises : ‘J’ai eu une bonne ride. Une ben bonne ride’. »
Une éditrice appréciée
De nombreux auteurs fransaskois éprouvent une immense gratitude pour les vitrines que Mychèle leur a offertes à travers la chronique Horizons de l’Eau vive, qu’elle a créée et dirigée depuis 2016, en plus de son soutien généreux pour le peaufinage de leurs textes.
Mychèle Fortin siégeait au comité d’édition de la revue littéraire À ciel ouvert, en plus d’être éditrice pour plusieurs publications des ÉNP.
« J’ai de la gratitude pour le travail qu’elle a accompli », témoigne Jean-Marie Michaud, auteur membre du Cercle des écrivains. « Elle était très éveillée à ce qu’on produisait. »
Madeleine Blais-Dahlem, dramaturge et auteure, se souvient avec le sourire que Mychèle « nous corrigeait avec une grande délicatesse pendant les rencontres du Cercle des écrivains. Elle connaissait sa grammaire et était une superbe rédactrice. »
Avant de devenir éditrice pour la fransaskoisie, Mychèle Fortin a eu un parcours de carrière impressionnant.
Elle a travaillé avec l’homme de théâtre Jean Duceppe, au sein de sa compagnie, co-signant une mise en scène et assurant la régie de plusieurs pièces. Elle a également travaillé pour le théâtre du Centre national des arts, a été recherchiste à l’Office national du film et rédactrice en chef du journal l’Eau vive de 2015 à 2018.
Une musicienne
Pianiste et chanteuse, dans sa jeune vingtaine Mychèle Fortin était bien connue à cette époque dans la région de l’Outaouais pour sa musique. Jean-Pierre Picard rapporte avec fierté que sa conjointe « remplissait les salles », et ce, pendant plusieurs années.
Jean Epp-Gauthier, amie de Mychèle, garde un souvenir chaleureux de sa musique : « Mes moments préférés étaient quand Mychèle et Jean-Pierre sortaient leurs instruments. Là, c’était magique. Mychèle chantait dans un style relaxe et chaleureux. Jean-Pierre l’accompagnait à la guitare ou au piano. Elle nous faisait découvrir plein de chansons françaises, mais aussi des morceaux en espagnol, et même un peu en anglais. » Mychèle Fortin avait écrit une chanson en anglais qui parle d’un chagrin d’amour. « Le refrain There’s a hole in my heart me revient maintenant, parce que son départ me laisse un grand vide » » d’ajouterJean. «
Jean-Marie Michaud affirme pour sa part que « ses interprétations de chansons aux cabarets du Relais à Saskatoon ne seront jamais oubliées ».
David Baudemont admire lui aussi le talent d’interprète de la défunte : « Elle interprétait des chansons fabuleuses avec des sentiments très clairs », dit-il.
Enfin, son fils Max-Alexis Fortin-Landry offre un dernier témoignage : « Ma mère est un voyage. Armée du courage naïf propre aux rêveurs optimistes, elle a eu une vie épique, souvent belle, parfois dure. Perpétuellement indignée par l’injustice et les misères du monde, parfois au prix de sa propre quiétude, elle a su se construire un bonheur nuancé mais qui a bien mûri et qui fut authentique jusqu’à son dernier souffle. » Et de conclure : « Elle a quitté ce monde dans la dignité, avec une résolution sereine, chez elle par un jour ensoleillé, entourée des siens, l’âme en paix et le sourire aux lèvres. »
Autres témoignages
« Mychèle était une femme tellement drôle, attachante et intelligente, et une écrivaine extraordinaire. »
Bruce McKay, Directeur artistique de la Troupe du Jour
« Elle va beaucoup nous manquer, cette merveilleuse femme aux multiples talents. »
Lisette Marchildon
« Déjà les réflexions de Mychèle me manquent dans l’Eau vive… Elle a illuminé la communauté fransaskoise de sa voix, de sa sagesse. »
Françoise Sigur-Cloutier, Ancienne présidente des Éditions de la nouvelle plume
« Je garderai de Mychèle des souvenirs chaleureux, ses rires, sa poésie, sa joie de vivre contagieuse. Son petit côté rebelle aussi. »
Josée Thibault, Autrice
« Elle aura touché toute une communauté. »
Francis Marchildon, Musicien et auteur
« Cette gentille sagesse qu’elle possédait a fait d’elle une perle rare. »
Raoul Granger, Auteur
« Quelle femme lumineuse ! »
Mireille Langlois, Animatrice de l’émission Culture et confiture à Radio-Canada
« Je ne garde que de beaux souvenirs de Mychèle et Jean-Pierre sur scène ensemble. »
Shawn Jobin, Auteur-compositeur-interprète
Elle était une personne de grande conversation, toujours intéressée sur une tonne de sujets, puis engagée dans l’écrit, dans la création.
Frédéric Dupré, Directeur général, Coopérative des publications fransaskoises
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