Numéro 1 - Printemps 2017

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Tu viens à moi

Tu viens à moi

Tu viens à moi

Tu viens à moi du bout de la terre
explorer mes rives et mes rêves
Le lointain perd son sens
dans la chaleur d’un dernier rayon
qui annule nos chagrins et nos peurs
Je devine ta voix portée par un vent d’arrière-saison
apaisant tumulte et tourbillons
Je devine

*

Qui sommes-nous dans les poussières du siècle
ballottés d’île en île
ignorant l’âge des roches et des coquillages
Qui sommes-nous dans le dédale des méandres
alors que le minerai remonte à la surface
Quand il n’y a plus de racines
il reste la route
Il reste nous

*

L’encre a séché sur les années
dans le silence lancinant
de minuits oubliés
Loin est l’embâcle sans nom
Il est des mouvances espérées
aux confins d’indéfinissables détours

*

Voici venir l’accueil à l’avant-goût de miel
comme une profusion d’amour
trop longtemps retenu
Dans le miroir de nos yeux éclaircis
ne restera des larmes séchées
qu’une fragile frange de sel
Oublier les gifles glaciales d’hivers d’antan
quand les loups osaient marcher sur nos pas

*

Nous cheminerons à visages découverts
sous la lune d’équinoxe
Une à une les images noires s’effacent
nous laissant plus nus
que des nouveaux nés

*

Sommes-nous près du but
ou l’exploration doit-elle être orpheline
Les indices sont là
voilés
quasi tangibles
et nous chuchotent de savourer
Peu importe le nom que porte cet instant
Il existe

*

Je t’attends comme un feu de bois flotté
sur la berge givrée
Il faudra apprivoiser la lumière
boire la rosée et
déceler des bruits nouveaux
Dans le souffle des heures brumeuses
j’écouterai le chant silencieux de ton âme
Quand l’aube se lèvera
nous saurons qui nous sommes

*

Arrive le jour de déchiffrer
nos tranches de vie
comme poèmes suspendus à la corde à linge
de quotidiens floutés
pour nier le néant et le temps perdu
La braise couve sous la cendre
dit-on

*

Lumière diffuse
Ce halo sans nom qui se dessine
dans les balbutiements de l’automne
Quelque chose de virginal
d’inédit
L’ombre s’éloigne
Ne sombrera pas notre barque à peine dénouée
Marcher main dans la main comme on déchiffre
un chemin inespéré 

*

Nous n’avons encore ni contours
ni souvenirs
pourtant nous imaginons l’ultime fusion
Nos projections se confondent sans doute
par intermittence
sans que nous le sachions
Une autre marée te portera
comme inéluctable victoire

*

Il est des soifs insatiables
au sortir de déserts
Coller une image aux murs de jours naissants
Il faut parfois s’arracher à ses habitudes
sous l’émail du ciel
entre la tendresse des arbres
Le matin s’ouvre comme un fruit bien mûr


Texte : Martine L. Jacquot.
Illustration : Zoé Zénon

Martine Jacquot

Martine Jacquot

Romancière, poète, nouvelliste, essayiste et auteure pour la jeunesse. Collectionneuse de mots et globe-trotter. Diplômée de la Sorbonne, Uni of King's College, Acadia et Dalhousie.

https://www.facebook.com/MartineLJacquot/
Martine L. Jacquot — Wikipédia (wikipedia.org)

Oui Wey

Oui Wey

Zoé Zénon
Illustration numérique, - 2019

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2090

Printemps 2017

Un jour de grand vent

Mardi le 10 mai ’66. De bonne heure le matin, au Restaurant Lafontaine à Métabetchouan au Lac-Saint-Jean. L’accent du Lac est présent à différents degrés chez les personnages. Il affecte en particulier Monsieur Pit, un sympathique septuagénaire à la retraite. Jeannot Lafontaine, douze ans, est debout derrière le comptoir. Il porte son uniforme...

La Voie lactée

Il était une fois,
au fin fond du Far West canadien,
dans une province au nom imprononçable,
une cavalière redoutable.

Le grand barrage

À défaut d'être aimé, Henri était respecté de tous les castors. Sa supériorité ne laissait aucun doute. On n'avait qu'à regarder son barrage pour comprendre qu'il était plus doué que les autres.

Knockout

L’aiguille de glace qui arracha Victor Florkowski à la vie ressemblait à un ivoire de mammouth. Elle était aussi large qu’un pneu, aussi longue que la victime, et se rétrécissait en une pointe cristalline —  à double tranchant — dont la beauté fatale resplendissait sous clair de lune.

Cantate pour légumes

Au cœur de ce texte sont quatre êtres qui ont perdu leur voix, la capacité d’exprimer leur volonté et leur angoisse. Ancrés dans leurs fauteuils roulants, Asperge, Gourde, Navet et Asperge rêvent d’évasion. Dans les solos de la cantate, les légumes expriment leurs désires les plus profonds.

Triptyque - Micro nouvelles

Au coin de l’avenue Idylwyld et la 23e un bip discontinu se fait entendre à ma gauche. Un clignotement sonore: on peut traverser.  Entre les deux lignes on peut traverser. “Passez, monsieur. Priorité aux piétons.” Oui, on peut traverser. On peut traverser si les autos s’arrêtent.

Entreciel

Sorties de l’entretoit des corniches des greniers de mille espaces connus d’elles seules oubliés par concierges et architectes, les hirondelles occupent dès le matin l’entreciel, la part élevée de Madrid, en rase-tête des habitants des terrasses jusqu’à la proximité des saints perchoirs, des croix des antennes, faisant fi de nos communications avec l’au-delà.

La mousse

Maman, pourquoi c’est mouillé ici? 

C’est la mousse, mon chéri. Fais attention à ne pas glisser.

De la supercherie De la supercherie

Cette réflexion est née d’un constat. La vie ne nous appartient pas. Elle nous a été léguée et nous la rendrons en même temps que notre dernier souffle.

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